1) Petits portraits du métro parisien
Pourquoi s’attache-t-on à un visage plutôt qu’à un autre, à une attitude plutôt qu’à une autre ? Dans le métro, cela peut devenir très embarrassant. A moins d’être captivé par la lecture de son livre ou du journal, les yeux errent discrètement d’une personne à l’autre. Il est rare de découvrir un individu remarquable, ou alors le sommes-nous tous. Mais l’esprit est facétieux et en décide autrement. Les yeux, sans y être invités, s’attardent sur un voyageur, puis s’accrochent. Ils sont aimantés quand vous voudriez juste les faire glisser sur la vitre du métro. Mais insensiblement, dès que l’esprit se libère de sa contrainte, ils se fixent de nouveau sur leur cible. Par malchance, le voyageur, ou la voyageuse, s’en aperçoit. Un jeu de chat et la souris s’ensuit, pénible, déraisonnable. La panique s’installe derrière les orbites. Il faut absolument faire semblant de regarder ailleurs, détendu. Mais l’attraction est plus forte que tout. Vous vous demandez pourquoi celle-ci ou celui-ci. Vous auriez préféré celui d’à côté, plus original. Vous n’avez pas choisi, votre inconscient l’a fait pour vous. Estimez-vous heureux de ne pas vous prendre un « Kesta, tu veux ma photo !? » hargneux dans les dents. C’est toujours pénible. D’autant que cette remarque est totalement injuste. Votre cerveau n’a rien imprimé du tout, rien photographié. Le lien cassé, vous oubliez la personne, votre embarras, votre aventure intérieure. Jusqu’à la prochaine fois.
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